25 janvier 2006

il aurait fallu

il aurait fallu oublier que la barrière était tombée

il aurait fallu faire comme si elle s'était couchée dans une épaisse couche de coton blanc, ne produisant qu’un léger souffle, à peine perceptible, un embryon de frôlement aussitôt disparu

il aurait fallu...
mais le cœur battait encore

encore et à cri, martelant comme la pluie d’orage sa colère, sa rage

encore, inébranlable comme un taureau lancé en pleine course contre la mort

il aurait fallu partir avant, avoir su

s’être concertés dans le brouhaha naissant

il aurait fallu battre sa coulpe et vite battre aussi en retraite

s’éteindre telle l’étoile à l’aube

il aurait fallu oublier le temps de la chute, aussi long qu’un jour de canicule

il aurait fallu, ne serait-ce qu’un instant, imaginer un autre ciel, frotté de nuages pâles, doux et frais, imaginer le sable fin couché dessous

il aurait fallu que les yeux s’ouvrent plus tôt, avant l’automne, avant les mots gris

écarquillés

il aurait fallu que les mains se frôlent, s’éveillent, trouvent des peaux sur leurs os ronds, caressent à l’envi leur grain de soie vibrant sous la paume

il aurait fallu que les creux se gavent de courbes folles à n’en plus pouvoir chanter

il aurait fallu entendre le cri de l’orfraie dans la nuit écarlate, percevoir ce signal ultime

il aurait fallu oublier la dernière danse, celle où le monde se met à tourner sans fin

il aurait fallu…

1 commentaire:

klodeen a dit…

il faudrait lire et relire ces mots qui coulent si bien
il faudrait regarder et regarder encore jusqu'à l'ivresse ces bleux nuancés qui parlent d'infini